Les TIC :
1
- Dimension 'Communication'
2 - Dimension Information'
3 - Dimension
'Technologie'
4 - Définition synthétique
La
dimension 'Communication' des TIC
Toute
communication permet à un émetteur de transmettre
un message à un destinataire. Toute communication
est par essence médiatisée. Le média
détermine, au moins en partie, le contenu
du message. Souvenons-nous du célèbre "The
media is the message" de McLuhan. La production de
sens d'un message est élaborée, non
seulement à partir du contenu, mais aussi à partir
des conditions de sa diffusion.
Dans
les communications interpersonnelles, le récepteur, à l'aide
du langage non-verbal, peut contribuer, pendant sa
diffusion, à la production du message et à la
production de sens de celui-ci. Cependant, l'émetteur
demeure le principal producteur de codes. Dans les
communications de masse, il n'est pas possible pour
le récepteur d'influencer le message lorsque
celui-ci est consommé. L'émetteur est
le seul producteur de codes.
Les
technologies numériques favorisent le développement
de l'interactivité. Le récepteur ne
se contente plus de décoder le message, il
participe à son élaboration. Le paradigme
de la communication "émetteur-message-récepteur" semble
devenu obsolète. Les processus interactifs
donnent une plus grande latitude au récepteur
dans la production de sens. Non seulement, il décodifie
le message, mais il le codifie. Bien entendu, le
degré de latitude varie selon le niveau d'interactivité.
Les TIC ne sont pas tous, au même titre, des
processus interactifs, mais, par essence, elles favorisent
l'interactivité.
Selon
plusieurs chercheurs (Jean-Pierre Balpe, Philippe
Marton, Max Giardina, etc) les TIC encouragent le
récepteur à devenir
aussi un émetteur. Selon ces derniers, les émetteurs
ne produisent plus seulement du sens ; ils créent
des processus qui produisent du sens.
Ce
changement de paradigme est aussi perceptible et
visible en éducation.
L'élève devient un communicateur, un
récepteur-émetteur. Ainsi, le rôle
de l'enseignant-émetteur est appelé à muter,
car l'élève-récepteur devient
non seulement plus actif dans le processus de sa
formation, mais il participe lui-même à l'élaboration
du sens et à générer des savoirs.
Avec l'intégration des TIC dans le contexte
d'enseignement, l'acte d'enseigner apparaît
de plus en plus fondamentalement un acte de communication. Évidemment,
cela ne veut pas dire que, lorsqu'une enseignante
ou un enseignant transmettait linéairement
un savoir, il n'y avait pas de communication. Cette
dernière était hiérarchisée
et laissait peu de place à l'élève
ou donnait à l'élève un rôle
peu actif dans la production de sens de ses apprentissages.
Il était presque uniquement un récepteur
récipient. Son rôle consistait généralement à répéter
ou à reproduire ce que l'on lui avait dit
ou ce qu'il avait entendu.
Ceci
dit, l'intégration
des TIC dans la réalité du monde de
l'enseignement suppose un nécessaire changement
de paradigme. D'une conception behavoriste de l’apprentissage
où l’étudiant reçoit et
reproduit ce que le professeur enseigne, on tend
de plus en plus vers une conception constructiviste
de l’apprentissage. Dans ce cas, l’étudiant
exerce un rôle beaucoup plus actif, cognitivement
parlant, dans le processus d'apprentissage, dans
ce qu’il fait à partir des connaissances à l'aide
des nouvelles technologies de l'information et de
la communication. Dans ce sens, il ne faudrait pas
oublier que le développement de la psychologie
cognitive et le mouvement vers une conception constructiviste
de l'apprentissage préexiste à l’apparition
des TIC. En quelque sorte, les TIC et leurs multiples
utilisations possibles dans le contexte de l'enseignement
cristallisent les dimensions cognitives et constructives
du processus enseignement apprentissage.
D'aucuns
comparent la venue des TIC à celle de l'audiovisuel.
Or, les technologies audiovisuelles, médias
de masse, ne modifiaient pas vraiment le paradigme
de la communication. Elles proposaient simplement
de nouveaux outils de communication de masse. Par
ailleurs, l'utilisation des TIC, quant à elle,
appelle et favorisent l'élaboration de nouvelles
façons de faire. Tout au moins, l'utilisation
des TIC demandent des ajustements importants si on
veut tenir compte du potentiel que les TIC laissent
entrevoir.
La
dimension' Information' des TIC
Données,
informations et connaissances sont souvent confondues.
Les techniques numériques offrent un accès
rapide et économique à de très
grandes banques de données. Par ailleurs,
ces données ne sont pas en soi des informations
; elles ne sont rien d'autres qu'une série
de signes qui, pour devenir des informations, doivent être
traitées, codifiées.
L'utilisation
des TIC ayant comme principal support l'ordinateur,
dans un contexte d'enseignement ou d'apprentissage
par exemple, permet de traiter les données en
fonction de tâches précises afin qu'elles
deviennent de l'information. L'ordinateur est le
prolongement de diverses activités humaines,
dont celle de produire de l'information. En quelque
sorte, informer consiste à "donner une forme" aux
données. Puis, "celles-ci sont alors traitées
en vue de répondre à des questions
cognitives précises afin que certaines d'entre
elles soient transformées en connaissances
viables" (Jacques Tardif, Colloque de l'AQUOPS 1996).
Sous cet angle, l'apprentissage est alors une activité cognitive
de construction qui résulte du traitement
des informations recueillies dans le contexte de
tâches complexes et complètes à réaliser.
D'ailleurs, la théorie du constructivisme
côtoie souvent la problématique de l'intégration
des TIC en éducation. Par exemple Raymond
Boulanger et Bruno Poellhuber visent à développer
un modèle constructiviste d'intégration
significative des TIC à l'enseignement dans
un programme pré-universitaire de l'ordre
collégial.
La dimension 'Technologie'
des TIC
Le
mot technique signifie les méthodes et les procédés
d'un métier, d'un art tandis que le terme
technologie désigne l'étude de ces
méthodes et de ces procédés.
Or, lorsqu'on parle des technologies de l'information
et de la communication, il est question avant tout
des procédés et des méthodes
employés pour traiter l'information et pour
communiquer. Comment alors justifier ce glissement
de sens : les technologies sont-elles dans les faits
simplement des techniques ? On peut aussi supposer,
par apport aux TIC, que les techniques sont aussi
des technologies. Selon René Berger, l'utilisation
du signifiant "technologie" dans l'expression TIC,
appartient alors à la métonymie.
"La métonymie
n'est pas simple incorrection; elle marque sans
aucun doute un glissement sémantique révélateur
de notre orientation. Elle nous achemine en l'occurrence
vers le sentiment que toute technique, même
si elle désigne un ensemble de procédés,
ne se réduit pas à l'efficacité du
faire; elle implique en effet une manière
de connaissance qui, même vaguement formulée
et non moins vaguement sentie, s'associe à une
forme d'intentionnalité, qui ressortit
non seulement à un savoir, mais à un
phénomène de conscience. Ce phénomène
est plus particulièrement sensible dans
notre monde en mouvement, qui remet sans cesse
en cause les structures du passé. La technique
est fondée sur un jugement de fait, la
technologie est indissociable d'un jugement de
valeur. Ainsi l'innovation technique est presque
toujours grosse d'une vision qui émerge,
s'affirme, se diversifie au fur et à mesure
que se développent des usages nouveaux,
souvent inattendus, d'aucuns imprévisibles".
(René Bergé, Les Métamorphoses
de la communication, 1997, p.3)
Selon
Bergé,
la technique modifie notre façon de concevoir,
de représenter le monde puisqu'elle est "grosse" de
vision. Ainsi, la technique participe à édifier, à définir, à caractériser
notre société. Technique et technologie
ne sont pas de simples miroirs de la société,
ce sont des acteurs de premier plan. On pourrait
même dire que les technologies sont porteuses
de sens.
Edmond
Couchot (De l'optique au numérique) fait voir pour
sa part que les techniques numériques sont
non seulement porteuses de sens, mais aussi génératrices
de sens. Selon lui, c'est ce qui les distinguent
des autres techniques développées par
l'homme. Pour Couchot, avec l'interactivité que
permettent les technologies numériques, il
ne s'agit plus de "communiquer entre", mais de "commuter
sur". Par exemple, on ne lit pas une image interactive,
on l'interroge, on converse avec elle, on la manipule,
on travaille à l'intégrer dans sa structure
mentale de connaisances. Pour lui, activer le clavier
de l'ordinateur, c'est agir immédiatement
dans l'espace et le temps de ce qui apparaît à l'écran.
Dans ce sens, un texte à l'écran appelle
l'utilisateur à le modifier, à le couper, à le
coller, à le remodeler. Le sens serait alors
généré, en partie, par l'utilisateur-manipulateur
et non exclusivement par celui qui avait préalablement
publié l'image ou le texte. Les techniques
numériques seraient, en quelque sorte, aussi
génératrices de sens, car par essence,
elles appellent l'appropriation, la modification,
l'altération. Selon l'auteur, l'interactivité est
la quintessence des techniques numériques.
Lebrun et Vigano abondent dans le même sens
que Couchot et mettent en relief les potentialités
de l'interactivité :
"Il nous est
apparu que l’interactivité de ces
outils pouvait contribuer à l’acquisition
de compétences transversales (organisation
des connaissances, démarches de résolution
de problèmes, participation et gestion
d’un travail en collaboration, développement
de projets personnels..) et plus loin à l’autonomie
des étudiants." Lebrun, Marcel et Vigano
R, "De l'"Educationnel Technology" à la
technologie pour l'éducation", Les
Cahiers de la recherche en éducation,
Université de Sherbrooke, vol. 2, n. 2,
1996, p.1.
Définition
synthétique
Les TIC regroupent à la
fois des technologies, de plus en plus informatiques,
qui traitent et transmettent de l'information, et qui
peuvent contribuer à organiser des connaissances, à résoudre
des problèmes, à développer et à réaliser
des projets ; elles reposent sur l'utilisation d'un ensemble
d'outils, et non d'un seul, qui sont interconnectées,
combinés et qui permettant un degré minimal
d'interactivité. Elles favorisent alors une plus
grande prise en charge de l'apprentissage par l'élève
et s'inscrivent ainsi dans les sillons du cognitivisme
et du constructivisme. |